Gilles Balmet « Waterfalls » à la galerie
AL/MA Montpellier
Par Jean-Luc Cougy
Mis à jour le : 28 mars 2023
Jusquau 25 mars 2023, la galerie AL/MA présente «Waterfalls»,
première et incontournable exposition personnelle de Gilles Balmet
à Montpellier. Après une première collaboration
pour «Supervues 022» à Vaison-la-Romaine, en décembre
dernier, Marie Caroline Allaire Matte accueille cet artiste-collectionneur
qui vit et travaille entre Paris, Grenoble et Montpellier. Depuis 2012,
il enseigne à lÉcole des Beaux-Arts de Montpellier
(MO.CO. Esba). En 2020, il a installé un atelier à Montpellier
qui complète ceux dont il dispose à Paris et à
Grenoble.
Dans un accrochage sobre et rigoureux, Gilles Balmet expose une dizaine
duvres sur papier qui évoquent détranges
« paysages » où sentrecroisent mystère
et merveilleux. Le regard est littéralement happé par
la puissance et la magie des images. Immédiatement, limaginaire
du visiteur est sollicité et très vite commencent à
se tisser des narratifs fantastiques et poétiques.
Souvent qualifié dalchimiste, Gilles Balmet travaille
par séries exécutées sans pinceaux, mais qui répondent
des protocoles et à des gestes précis où « le
paysage sautogénère dans le moment de sa création ».
Il na y a aucun référentiel dans la construction
de ces uvres. « Il ny a pas de représentation,
il y a simplement une sorte dapparition, comme dans un moment
de révélation conditionné à la fois par
mes gestes et par la manière dont je manipule mes outils »
Dans un processus extrêmement rapide qui laisse une place à
laléatoire, la « relation à linstant
et lécoute de la matière » sont déterminants.
Les uvres exposées dans « Waterfalls »
se situent dans un entre-deux de la peinture et du dessin. Dans un incertain
entre labstrait et le figuratif, on semble percevoir un écho
troublant avec la révélation photographique.
Laccrochage débute sur la gauche par White Rain (2017).
Dans le catalogue qui accompagnait « Happy Together
Gilles Balmet et sa collection » au Pavillon Carré
de Baudouin dans le 20e arrondissement de Paris, lartiste
décrivait ainsi le protocole de cette série :
« La série White Rain propose des images paysagères
sombres comme lacérées de pluies. Celles-ci sont travaillées
lors dun processus complexe composé de trempages multiples
des parties hautes et basses du support dans des bains de lavis dencre
et de peinture acrylique. En parallèle, des retournements successifs
de luvre à chaque trempage viennent créer
des zones de masquage humides par les écoulements qui empêchent
dautres couches de peintures de saccrocher au support. Luvre
est ensuite rincée avant de révéler son aspect
final qui joue sur une ambiguïté photographique ».
Un peu plus loin, on découvre deux uvres de la série
« Ink mountains », réalisées en
2021 dans son atelier montpelliérain. Dans son portfolio, Gilles
Balmet explique à propos de cette série :
« Dans la série Ink mountains, série de peintures
sur papier commencée en 2008 et poursuivie depuis, je mattache
à laide de Lavis dencre de Chine et de bombes de
peintures à reproduire certains processus naturels géologiques
de sédimentation, de mouvements tectoniques et dentropie
dans un laps de temps extrêmement court. Cette rapidité
dans la création dune image évoque le processus
de révélation dune photographie dans les cuves dun
laboratoire et le plaisir ludique qui naît de son apparition,
appliquée ici à des techniques relevant de la peinture.
La question de la production de paysages, à la précision
quasi photo réaliste, à partir de bains de matière
dont on imagine mal les uvres potentielles quils contiennent,
est ici centrale, comme la réalisation dune sorte dalchimie
de la matière. La transformation de ces bains noirs inertes en
images, représentations fictives de paysages crédibles,
pourrait aussi constituer une métaphore du rôle de lartiste
qui agit comme une sorte de révélateur dimages potentielles
enfouies dans la matière. Quant au caractère monumental
de ces paysages, celui-ci en fait des illustrations possibles de la
quête existentielle et métaphysique issue de la confrontation
de lêtre humain à limmensité naturelle ».
Entre les deux ouvertures sur la rue du Plan du Palais et au-dessus
du bureau de la galeriste sont accrochés deux magnifiques exemplaires
de la série Silver mountains, produits respectivement en 2017
et 2022. Le portfolio en dévoile quelques « secrets »,
comme lépisode de lAtelier A consacrée à
Gilles Balmet et disponible dur le site dArte :
« Lensemble duvres Silver mountains, commencé
au Japon en 201 0 est une variation autour de la série Ink Mountains,
utilisant cette fois-ci de la peinture acrylique argentée sur
du papier noir afin damplifier encore lambiguïté
photographique que pouvait déjà contenir les Ink mountains.
Les Silver mountains semblent être des négatifs de photographies
de paysages alors quil sagit de peintures sur papier. Limage
est obtenue grâce à de la peinture acrylique à la
bombe déposée à la surface de bains contenus dans
des piscines ou des bacs et récupérée dans un deuxième
temps. La feuille de papier est ensuite introduite dans le bain de matière
perpendiculaire au bain avec un geste à la fois précis,
presque chorégraphique qui laisse cependant une place au hasard
dans le dépôt de la matière à la surface
du papier. La peinture se dépose en fines couches et lartiste
joue avec la dilatation de la matière selon la courbure du papier
et les vagues de peintures qui se reporte petit à petit et extrêmement
rapidement à la surface de luvre. Laspect performatif
de la réalisation dun Silver mountains est important pour
lartiste qui se confronte dans un temps réduit à
la réalisation dune image presque photoréaliste
et complexe ».
De cette série sont issues des pièces réalisées
dans le cadre du 1 % artistique. Deux uvres (Silver
reliefs de 2012) ont été accrochées dans les bureaux
du lieu de vie étudiante de luniversité de Savoie
à Chambéry. Quatre diptyques ont été installés
entre 2012 et 2015 dans le hall de la Médiathèque de larchitecture
et du Patrimoine de Charenton-le-Pont.
En vis-à-vis de ces uvres monochromes, lexposition
présente sur la droite un ensemble de trois Waterfalls Minimal
et un Double Waterfalls Minimal de 2018. Face à lentrée,
une pièce très récente réalisée à
Montpellier (Waterfalls Hybrid, 2023) accueille les visiteurs. Un détail
de cette uvre est reproduit sur le carton dinvitation au
vernissage et pour la communication de lexposition.
Le protocole de la première est ainsi décrit :
« La série duvres uniques Waterfalls est
créée à partir dune multitude de fines gouttelettes
dencres déposées à la surface dune
bâche de matière plastique puis transférées
à la surface de feuilles de papier déposées sur
la bâche encrée. Ces feuilles de papier une fois sèches
et encrées sont ensuite trempées dans des bains ou des
piscines remplies deau dans un geste rigoureux qui conditionne
lorientation de la dissolution des fines gouttelettes dencres
entrées en contact avec leau et donc lécoulement
et sa qualité qui va constituer limage évoquant
des chutes deau, des buildings dans un contexte urbain ou un ensemble
varié de visions poétiques. Les uvres sont accrochées
ensuite dans un geste très rapide sur des étendages afin
de laisser lécoulement se terminer et les mélanges
colorés se réaliser tout seul, par une addition verticale
des gouttelettes dissoutes ».
Les Waterfalls Hybrid sont légèrement différentes.
Gilles Balmet en explique le processus dans le catalogue de lexposition
au Pavillon Carré de Baudouin :
« Lensemble des Waterfalls Hybrid est une série
très colorée aux motifs abstraits jouant sur les transparences
de lencre et la lumière vive du blanc du papier. Chaque
uvre se crée au sol à partir de gouttelettes dencre
projetées sur des matières plastiques froissées
puis absorbées par les feuilles de papiers mouillés lorsquil
fait très chaud dans mon atelier. Ce processus permet une absorption
par contact direct de lencre sur le papier et, dans un deuxième
temps, son écoulement lorsque luvre est relevée
et accrochée sur un fil détendage métallique ».
Les plus curieux ne manqueront pas, à linvitation de la
galeriste, de glisser un regard dans la réserve. On peut y retrouver
Electric landscape (2022) qui faisait partie de laccrochage de
« Supervues 022 » qui accompagne une troisième
Ink mountains de 2022 dans un format un peu plus grand que celui des
deux uvres en salle.
Assez curieusement, Gilles Balmet a été assez peu exposé
dans la région. Certains se souviennent peu être de sa
présence dans lexposition « Géographie
du dessin » au MRAC à Sérignan en 2011 ou encore
de sa participation en 2015 à « Whos afraid
of pictures » au Centre dart contemporain à
Cent mètres du monde de Perpignan. Il était également
exposé dans « Ça charge » à
La Panacée, une proposition de Judicaël Lavrador pendant
le salon Drawing room 015 à Montpellier. Didier Gourvennec Ogor
avait également montré quelques uvres dans deux
expositions de sa galerie marseillaise en 2011 et 2014.
Plus récemment, on se rappelle du Waterfalls Hybrid de 2017 accroché
dans « Collectionner au XXIe siècle »
à la Collection Lambert pendant lhiver 2019/2020.
Lexpérience dune confrontation aux uvres de
Gilles Balmet est un moment rare et exceptionnel quil ne faut
absolument pas manquer. On ne peut quencourager amateurs et collectionneurs
à venir découvrir « Waterfalls »
à la galerie AL/MA.
En savoir plus :
Sur le site de la Galerie AL/MA
Suivre lactualité de la Galerie AL/MA sur Facebook et Instagram
Sur le site de Gilles Balmet
À lire lentretien réalisé en 2022 par Jean-Paul
Gavard-Perret et publié sur le site le Littéraire.com
et celui avec Agnès Seux publiée dans la micro édition
Latelier des combles en 2018
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