Gilles Balmet
TEXTE DE BENOIT BROISAT
Gilles Balmet, Durant l'été 2005, Gilles Balmet présentait dans la galerie de l'école d'art et de design d'Amiens une importante exposition monographique intitulée Digital Garden. Ce titre, à la fois poétique et technologique, résume parfaitement la singularité de la démarche de l'artiste. Son atelier, envisagé comme un laboratoire où la création se déploie dans un flux continu, est un lieu d'expérimentation où les peintures se forment au gré d'expériences. La toile est plongée dans des bains, la peinture transférée, soufflée, propulsée, écrasée Toutes les séries que l'artiste réalise sont produites sur un même principe : Un protocole précis, tenant en quelques gestes, défini le cadre dans lequel s'exercera une interaction de la matière picturale et du support. Les forces en jeu sont maîtrisées, circonscrites à une surface bien délimitée, mais c'est le hasard qui, toujours, achève l'uvre et donne sa singularité à chaque uvre d'une même série. Ce jeu d'équilibre ou se cherche un optimum entre la maîtrise et le hasard abouti à une redécouverte de l'in vivo dans l'in vitro. Ainsi, cette pratique de l'atelier, ne s'oppose pas à une pratique où l'art "descendrait dans la rue". Bien au contraire l'attention qu'elle porte au hasard la met en présence du caractère le plus profond de la vitalité : son imprévisibilité. C'est pourquoi Gilles Balmet peut doubler cette pratique picturale d'une pratique vidéo qui prend le plus souvent la forme du documentaire. De longs plans fixes, souvent des vues de fenêtres, nous montrent des fragments de la vie quotidienne : travail des ouvriers du bâtiment, repas pris entre amis, jeux d'enfants. Ce réalisme, opposé au formalisme apparent des peintures peut surprendre. Pourtant, c'est encore un même type de dispositif, propice à une "culture du hasard", que l'artiste met en place. Une fois encore, le cadre est précis. L'image, souvent rigoureusement frontale, a valeur d'icône. Le moment est délimité avec la même précision, conditionné par une unité narrative : la vidéo durera le temps d'un repas, le temps d'une pause, le temps nécessaire au rangement des tatamis d'un dojo mais une fois encore la rigueur de cette délimitation ne fait que mieux sentir le caractère fortuit de la vie qui anime les êtres et les choses. La durée devient créatrice, chaque action devient une chorégraphie, chaque geste une surprise. Comme les peintures gardent l'empreinte d'une force fugitive, la caméra, appareil d'enregistrement, transforme instantanément le flux du temps présent en uvre d'art. Benoît Broisat. Décembre 2008. |