Gilles Balmet
Gilles Balmet, artiste-collectionneur, au Pavillon Carré de Baudouin
Article de Vincent Delaury pour la revue Online Agora Vox
Jeudi 1er juillet 2021
Plus un sou en poche en ce moment pour une sortie culturelle ?
Surtout pas de panique ! Dans le registre des expos bons plans,
Gilles Balmet, artiste mais aussi collectionneur, présente à
Paris, dans le 20e arrondissement, une exposition double à lentrée
libre (il vous suffit de réserver*), et ce jusquau 2 octobre
prochain, qui offre la particularité de donner à voir
à la fois sa production picturale personnelle (des créations
abstraites en noir et blanc ou, a contrario, hautes en couleur) et sa
propre collection, riche, à lheure actuelle, de plus de
350 uvres dart ! Ici, réunies dans deux grands
espaces, au rez-de-chaussée et à létage,
du Pavillon Carré de Baudouin, bel édifice du XVIII? siècle
situé rue de Ménilmontant dans le 20? arrondissement parisien,
converti en un espace culturel ouvert au public depuis juin 2007, 150
uvres (peintures, dessins, sculptures et photographies), réalisées
par 150 plasticiens français et internationaux, reconnus ou émergents,
sélectionnées avec soin au sein de cette impressionnante
collection, viennent harmonieusement dialoguer avec ses uvres
sur papier, qui sont comme autant de grandes plages abstraites liquides
ouvertes à la contemplation et aux projections mentales des visiteurs.
Dépaysement garanti. Qui est Gilles Balmet ? Ce jeune plasticien, né en 1979 à Grenoble, partage son activité, dartiste et de collectionneur, entre le 20e arrondissement de Paris, Grenoble et Montpellier, ville où il enseigne depuis 2012 comme professeur à lEcole supérieure des beaux-arts, devenu récemment le MO.CO Esba. Depuis 2004 et sa sortie, en tant que diplômé, de lEcole supérieure dart de Grenoble, où il a eu notamment comme enseignants Joël Bartoloméo et Ange Leccia, Balmet crée une abstraction allusive séduisante, se situant dans lentre-deux du dessin et de la peinture, de labstrait et du figuratif, le tout étant porté par la révélation photographique, le souvenir dartistes inspirants comme Jackson Pollock et Simon Hantaï ainsi que par un tropisme évident pour lart japonais : en 2010, il a séjourné six mois à Kyoto (Japon) à la Villa Kujoyama.
Heureux ensemble
Cette expression correspond bien à Gilles
Balmet, artiste contemporain participant depuis des années à
de nombreuses manifestations collégiales, tant il aime dialoguer,
joyeusement, avec les autres créateurs. Et il apprécie
dailleurs tellement échanger avec eux quil les collectionne,
avec appétit et expertise ! Par artiste-collectionneur,
on pourrait entendre un artiste accumulateur à la Arman, le Nouveau
Réaliste, qui nourrissait ses créations en agrégeant
moult objets issus de la consommation de masse ou encore penser à
des artistes glaneurs, tels Agnès Varda (Les Glaneurs et la Glaneuse,
2000) ou Henri Cueco (Le Collectionneur de collections, 1995), tous
deux collectionneurs compulsifs et attachants de petits riens du quotidien
(pommes de terre, noyaux de fruits, cailloux, bouts de crayons, sandows,
etc.) doù la poésie émerge subrepticement.
Mais, avec Gilles Balmet, il sagit dautre chose : il
est à la fois artiste ET collectionneur : ces deux activités
sont séparées même si, bien entendu, elles se nourrissent
lune de lautre. Soit dit en passant, une collection dartiste,
cest loin dêtre rare mais, ce qui est plus inédit,
cest de la montrer au grand jour car, en général,
les collections dartistes, constituées souvent à
pas feutrés et dans le plus grand secret, relèvent dune
pratique intime. Avec Balmet, sa geste de collectionneur se fait extime,
soffrant ainsi généreusement au regard du public.
Merci à lui. Ainsi, le second volet de lexposition Gilles Balmet, à
létage du Pavillon Carré de Baudouin, présente
une (large) partie de sa collection personnelle duvres dart
contemporain, principalement constituée via des échanges
avec dautres plasticiens, le reste (les 10% restants) étant
des achats réalisés pour des sommes modestes, lors de
ventes caritatives ou à quelques occasions bien choisies (enchères,
par exemple). Depuis une vingtaine dannées, à la
fin de ses études, Balmet a commencé, selon ses affinités,
les opportunités et au fil de ses voyages, de ses expositions
et de ses visites de galeries, à proposer des échanges
duvres entre artistes dont il aime le travail : pour
certains, il les connaît déjà, pour dautres,
il les contacte, souvent via les réseaux sociaux, ce jeu, sur
fond de troc, produisant in fine refus ou réponses positives.
Quand il y a accord, le jeune artiste envoie alors tout simplement par
la Poste une uvre et, en retour, toujours par voie postale, il
en reçoit une, de lartiste contacté. À ce
jeu-là, la nature humaine se révèle : il y
a les honnêtes (envoi dune uvre de valeur artistique
égale), les généreux (supérieure) et les
radins, comme lun, pourtant hyper reconnu par les institutions
établies, noffrant quun
poster lambda alors
quil a reçu une pièce unique ! En tout cas, au Pavillon Carré de Baudouin, avec sa générosité
coutumière, Gilles Balmet met ses propres créations en
résonance, entre continuité et ruptures, avec une foultitude
duvres dart dautres plasticiens. Dans ce parcours
foisonnant, voire gargantuesque !, on y décèle son
goût manifeste des autres, avec une nette prédilection
pour le dessin, cela vient notamment de sa façon de collectionner
(« de nombreux échanges internationaux ont été
réalisés, précise lartiste-collectionneur,
par des envois postaux de cartons à dessins et de tubes en carton
roulés pour faciliter leur transport, ce qui explique la présence
dans ma collection de nombreuses uvres sur papier »),
ainsi que des leitmotivs, thématiques et formels, rappelant son
univers plastique : le paysage, le corps, lempreinte de la
culture nippone. Dans cette collection aventureuse, on y croise de grandes
signatures internationales comme Larry Clark, Hans Hartung, Wolfgang
Tillmans, Kiki Smith et Lawrence Weiner, des artistes actuels,
reconnus et talentueux, tels Vincent Olinet (cf. visuel), Marion Charlet
(cf. visuel), Mathieu Cherkit, Eva Nielsen, Julien des Monstiers, Maud
Maris et autres Tursic & Mille, mais également de jeunes
pousses, comme cinq étudiants du MO.CO Esba de Montpellier où
Balmet enseigne. Ainsi, on sort de cette collection stellaire dexception,
à tendance encyclopédique (offrant un large panorama de
la création artistique daujourdhui), en se disant
quelle témoigne magnifiquement, en séloignant
tant du parcours officiel de lhistoire de lart que dune
quelconque démonstration sociale de force de signes extérieurs
de richesse, du regard passionné et curieux que Gilles Balmet
porte sur ses contemporains, petits ou grands. À voir, donc ! *« Happy Together Gilles Balmet et sa collection », exposition (entrée libre, sur réservation* pour respecter les contraintes sanitaires) au Pavillon Carré de Baudouin, Paris 20e, jusquau 2 octobre 2021 (prolongations, du fait de son succès) |
https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/bon-plan-expo-gratuite-gilles-234062